source : M. Génermontmercredi 17 juin 2009
Où l'on découvre que Marguerite de Valois est à l'origine des SMS...
J'ai apporté quelques modifications au chapitre 4 : et l'on découvre qu'avec ses 3 "pigeonnes" voyageuses Sybille, Morgane et Séléna, pour communiquer rapidement avec son cousin, la jeune Margot est l'inventrice du Short Message Service.
dimanche 14 juin 2009
la mysoginie des clercs
Je n'ai pas inventé les propos du frère Pasquet : ceux que je lui fais tenir, et bien pis encore !, sont des extraits d'un livre traduit du latin en français (dont l'auteur me demeure inconnu mais qui n'était pas unique en son genre au sein de l'université) publié en 1585 chez Du Puys et intitulé "Thrésor des remèdes secrets pour les maladies des femmes".
De nos jours encore, beaucoup de bêtises sont dites, au nom de la "science". Pas plus tard qu'avant hier, au café philo, j'ai entendu un tenant de la psychanalyse, qui doit être convaincu qu'il n'a aucun a priori contre les femmes, expliquer que les femmes ayant, au contraire des hommes, une tolérance à la frustration étaient incapables de produire une oeuvre d'art.
De nos jours encore, beaucoup de bêtises sont dites, au nom de la "science". Pas plus tard qu'avant hier, au café philo, j'ai entendu un tenant de la psychanalyse, qui doit être convaincu qu'il n'a aucun a priori contre les femmes, expliquer que les femmes ayant, au contraire des hommes, une tolérance à la frustration étaient incapables de produire une oeuvre d'art.
chapitre 6
Maître Du Quesnay chantait à tue-tête une chanson dans laquelle il était question de moines et de vin quand ils se remirent en route pour le prieuré de Moladier, au travers d’une forêt qui devenait de plus en plus dense. Ça ou là, s’ouvrait une clairière : autour de cabanes en bois, couvertes de feuilles s’activaient des hommes. De la fumée s’échappait du toit en chaume :
- Il existe aussi des mines de charbon de terre à Châtillon, à 1 lieue et demie de Cressanges, dit maître Duchapt. Les habitants en tirent de très bons revenus. Mais avec les progrès réalisés dans l’art de la guerre, l’on a besoin du charbon de bois pour fabriquer de la poudre à canon.
- Ah oui, dit Lorenzo : c’est en effet l’un des trois composants ! Mon expérience a été ratée car je ne disposais pas de poudre de qualité. L'année précédente, pour l'anniversaire de sa mère, il avait tenté de réaliser le plus beau feu d’artifice de Florence… Mais avait dû trouver une autre idée de cadeau. Il avait eu l’occasion de rencontrer à Moulins des Italiens et avait constaté qu'ils semblaient aussi, dans cette ville, détenir le quasi monopole de la fabrication des brigandines et des boulets...
- Les charbonniers de la forêt tolèrent assez mal la concurrence du charbon de terre : il faut dire que n’est pas charbonnier qui veut ! Cette société est très refermée sur elle-même et l’on dit qu’elle transmet en son sein des rites centenaires. Mais tout charbon nous est utile : nous avons de plus en plus besoin de combustible pour les nouvelles industries. Moulins commence à se faire une certaine renommée celle du couteau .
Maître Duchapt avait jugé opportun d’allonger un peu le chemin et c’est un peu dégrisé que son compère, Lorenzino et lui-même atteignirent le lieu où ils avaient rendez-vous avec le garde du marteau des Eaux et Forêts. La communauté des moines ne comptait pas plus de 3 frères. Le prieur était un ami de maître Péant et il aimait tenir table ouverte. Pour d’éventuels pélerins…. - « Mais nous ne sommes pas dérangés très souvent, convint-il ».
- Il existe aussi des mines de charbon de terre à Châtillon, à 1 lieue et demie de Cressanges, dit maître Duchapt. Les habitants en tirent de très bons revenus. Mais avec les progrès réalisés dans l’art de la guerre, l’on a besoin du charbon de bois pour fabriquer de la poudre à canon.
- Ah oui, dit Lorenzo : c’est en effet l’un des trois composants ! Mon expérience a été ratée car je ne disposais pas de poudre de qualité. L'année précédente, pour l'anniversaire de sa mère, il avait tenté de réaliser le plus beau feu d’artifice de Florence… Mais avait dû trouver une autre idée de cadeau. Il avait eu l’occasion de rencontrer à Moulins des Italiens et avait constaté qu'ils semblaient aussi, dans cette ville, détenir le quasi monopole de la fabrication des brigandines et des boulets...
- Les charbonniers de la forêt tolèrent assez mal la concurrence du charbon de terre : il faut dire que n’est pas charbonnier qui veut ! Cette société est très refermée sur elle-même et l’on dit qu’elle transmet en son sein des rites centenaires. Mais tout charbon nous est utile : nous avons de plus en plus besoin de combustible pour les nouvelles industries. Moulins commence à se faire une certaine renommée celle du couteau .
Maître Duchapt avait jugé opportun d’allonger un peu le chemin et c’est un peu dégrisé que son compère, Lorenzino et lui-même atteignirent le lieu où ils avaient rendez-vous avec le garde du marteau des Eaux et Forêts. La communauté des moines ne comptait pas plus de 3 frères. Le prieur était un ami de maître Péant et il aimait tenir table ouverte. Pour d’éventuels pélerins…. - « Mais nous ne sommes pas dérangés très souvent, convint-il ».
Et surtout, c’était un rendez-vous pratique pour que les édiles moulinois rencontrent les officiers des Eaux et Forêts… Au cours de l’après-midi, les deux échevins partirent choisir les arbres qui permettraient de tailler de longs paux (un pal – des paux) afin de réparer les ponts de la ville. On les marquerait du sceau des Eaux et Forêts pour les réserver.
Lorenzino nourrit ses trois tourterelles puis profita de ces moments de solitude pour sortir de sa besace une main de papier. Le temps passa agréablement…. Depuis qu'il s'exerçait en compagnie de sa cousine Marguerite, il avait de plus en plus de facilité à écrire des poèmes et espérait bien ne pas rater le prochain concours de poésie qui devait se dérouler dans 6 mois. Il comptait également épater Margot avec quelques vers bien troussés… que lui avaient inspiré les fées des bois de Moladier… Et plus particulièrement celle qui s’était matérialisée à ses yeux devant l’auberge de Coulandon.
A la nuit tombante, on l’appela pour partager le repas du soir. Les deux échevins avaient résolu de passer la nuit au prieuré, le vent s’annonçant violent. Mais ils partiraient à l’aube. Et le jeune homme ferait le reste du trajet jusqu’à Cressanges en compagnie de maître Jacques le Martel qui y demeurait ordinairement. Un homme se présenta. Un pèlerin ? Quand il émergea de l’obscurité, Lorenzo remarqua aussitôt le regard noir, brûlant de fièvre, du frère Pasquet qui semblait suffire à alimenter les conversations de son entourage.
- Soyez le bienvenu, frère Pasquet, l’accueillit le prieur. Voulez-vous partager notre repas ?
- Nous sommes en plein Carême, je ne mange pas, s'indigna le dominicain.
- Mais ce n’est qu’une simple omelette.
- C’est encore trop pour qui veut arriver à communiquer directeemnt avec le Très Haut : je me sustente d’un simple quignon de pain et bois juste un verre d’eau claire pour me purifier avant la prière de prime et un second après la prière de vespre. Je vous serais reconnaissant de bien vouloir m’offrir l’hospitalité dans votre grange pour cette nuit.
Et il alla s’asseoir à l’écart.
Maître Duchapt et maître Du Quesnay décidèrent d’anticiper leurs adieux à Lorenzino. Ce dernier avait bien cru remarquer qu’ils craignaient autant frère Pasquet que la peste. Ils l’encouragèrent beaucoup pour sa mission : « L’éducation des garçons, mais aussi des filles est un beau projet…. »
Maître DuQuesnay n'eut pas le temps de finir sa phrase. Du fond de la pièce, une voix s’éleva :
- « Blasphème ! les filles n’ont pas à connaître ce que vous prétendez leur enseigner… Le Créateur ne leur a pas donné un tête pour penser… Leur constitution est molle et leur corps imbécile. Ce qui fait que la vie des femmes n’est pas une vie mais une langueur misérable. Très certainement, si ce n’était leur fécondité, il vaudrait mieux pour elles mourir dès leur naissance. Quant aux garçons, il serait plus utile, comme je l’ai suggéré au frère Guillaume, de saint Jean de Bardon, plutôt que de leur enseigner des choses futiles, de les envoyer silloner les villages à la recherche de mauvaises actions à dénoncer.
Son intervention avait interrompu des adieux chaleureux et les deux échevins s’enfuirent vers la chambre qui leur avait été réservée. Lorenzo ne tarda pas à gagner le dortoir des moines qui lui avait été assigné. Il commençait à être un peu effrayé par les propos. Il avait entendu dire, qu’ à Florence, qu’au siècle passé, un autre dominicain avait, par des idées aussi intransigeantes, mis cette belle ville de à feu et à sang. Le frère Girolamo Savonarole avait fini au bûcher. Madame Catherine et son chancelier, Monseigneur de L'Hospital, avaient déjà tant à faire pour éviter les affrontements entre catholiques et membres de la religion réformée (1) : l'inquisiteur était capable de dresser les uns contre les autres ceux qui restaient fidèles au pape.
Son intervention avait interrompu des adieux chaleureux et les deux échevins s’enfuirent vers la chambre qui leur avait été réservée. Lorenzo ne tarda pas à gagner le dortoir des moines qui lui avait été assigné. Il commençait à être un peu effrayé par les propos. Il avait entendu dire, qu’ à Florence, qu’au siècle passé, un autre dominicain avait, par des idées aussi intransigeantes, mis cette belle ville de à feu et à sang. Le frère Girolamo Savonarole avait fini au bûcher. Madame Catherine et son chancelier, Monseigneur de L'Hospital, avaient déjà tant à faire pour éviter les affrontements entre catholiques et membres de la religion réformée (1) : l'inquisiteur était capable de dresser les uns contre les autres ceux qui restaient fidèles au pape.
(1) on disait la RPR : religion prétenduement réformée.
vendredi 22 mai 2009
chapitre 5
Depuis leur sortie du faubourg d’Allier, ils avaient croisé un flot incessant de paysans à dos de mulets mais plus souvent à pied, transportant des paniers, poussant des bœufs ou des volailles. Quelques charrettes bringuebalantes étaient chargées de piles de poteries grises.
Maître Duchapt informa Lorenzo : « Ils viennent du village de potiers qu’il y a entre Coulandon et Messarges. On y fabrique cette vaisselle grise. Nous allons y passer avant de nous engager dans la forêt. Les chemins sont très fréquentés car la foire des Brandons est franche du paiement de toute aide ou imposition royale, ainsi que du péage des ponts, ce qui attire naturellement de très nombreux paysans et des artisans. Il en vient de la région de Souvigny et même du Montet. Quant aux chalands, on en rencontre souvent qui viennent de Decize ou Nevers, voire même de Bourges".
Bientôt, le clocher de l’église de Neuvy apparût à leurs yeux, mais ils la laissèrent à main droite pour arriver, un quart de lieue plus loin, devant un groupe de maisons qu’ils traversèrent, et devant un porche qui était l’entrée d’un manoir :
Les deux échevins se signèrent- « Montgarnaud, qui fut la demeure du président Minard ! Il a été assassiné à Paris il y a bientôt dix ans de cela… Une bien sombre affaire ! »
Lorenzo avait constaté que nombreux paysans s’activaient dans les prés pour couper et tordre des branches basses qu’ils tressaient et le jeune florentin, qui n’avait connu que la campagne toscane s’en étonnait. Il affirma à ses compagnons de route que les cyprès poussaient tout seuls. Maître Duchapt tenta de le détromper :
-« il a bien fallu que quelqu’un les plante, ces cyprès ! Ici, les haies elles protègent du vent et les racines des arbres et des arbustes qui les constituent absorbent le trop-plein d’eau… Elles sont doublées par des fossés : cela évite que le grain ne moisisse quand il est semé… Il y a un petit inconvénient, les oiseaux y nichent en abondance et il faut installer des épouvantails ou les chasser pour qu’ils ne mangent pas les semences avant qu’elles ne soient levées ! Mais, surtout, ici, l’on élève beaucoup de bétail et il peut se mettre à l’abri. L’été, tu les verras s’y regrouper, de même qu’ils recherchent aussi l’ombre épaisse de ces noyers que tu vois au milieu des prés… Tout ce travail est nécessaire pour reboucher les trous que font les animaux sauvages et avoir de belles haies qui empêchent le bétail de divaguer. Et puis, dans ces « trasses », les paysans trouvent aussi des baies et des noisettes, et des herbes qui soignent… Sans compter le petit bois pour qu’ils se chauffent. Par contre, méfie-toi si tu dois te promener tout seul dans la campagne : ne t’allonge pas sans méfiance au pied d’une haie car les verpis (note : les vipères) aiment elles aussi beaucoup la fraîcheur que leur épaisseur procure ».
Ils avaient soutenu un bon train et sur une colline, on apercevait déjà le clocher de Coulandon :
- « Ah, se réjouit Jean Du Quesnay… Nous allons faire une halte à la taverne ».
En face de l’église pendait l’enseigne des Trois Rois devant une maison. Quelques clients jouaient aux dés avec force exclamations et à côté du jardin, une partie de billette était en cour. Une dispute s’amorçait : deux hommes un peu éméchés s’accusaient mutuellement… D'avoir triché ?Les motifs de leur querelle n’étaient pas très clairs :
- « tu l’as fait !
- mais non, c’est toi.
- non ! toi !!!
Mais ç’avait l’air grave !
A l’écart de cette animation, au pied d’une croix en pierre, était assis un homme au visage émacié et d’une pâleur qui contrastait avec son poil noir. Il regardait les joueurs et buveurs d’un air peu amène. Ses doigts serraient compulsivement quelque chose.
Lorenzo vit le visage de Maître Du Quesnoy se renfrogner et maître Duchapt décida : « Il vaut mieux ne pas nous attarder en ce lieu. Nous ferons plutôt halte au village des potiers. »
Et, sur le ton de la confidence :
« - L’homme assis au pied de la croix est frère Pasquet. Inutile de nous signaler à son attention… Il m’aime pas trop mon compère Du Quesnay et j’ai commis l’erreur de l’inviter chez moi avec le doyen du chapitre, qui est mon cousin… Quand il a découvert les livres que je collectionne, il m’a traité d’hérétique… Moins je le fréquente, mieux je me porte ».
Son compère acquiesçait : « - Il trouve que ma fille porte des vêtements trop richement brodés !!! Et que le tissu en est trop fin ! Il est vrai que ma Mariette aime la soie que je fais venir de Lyon. Mais elle est si jolie dans ces vêtements ! »
- "Ah, c'est ce fameux frère Pasquet pensa Lorenzo !"
Le regard de l’inquisiteur de la Foi devint encore un peu plus fiévreux quand un groupe d’hommes portant de grands chapeaux s’assit sur une table à tréteaux devant l’estaminet… C’était un groupe de charbonniers. Les yeux de Lorenzo avaient été attirés par une jolie jeune fille blonde assise au milieu d’eux. Son surcot en bure ne courrait aucun risque d’offenser frère Pasquet, pensa le garçon. Malgré ses pieds chaussés de sabots, elle était arrivée en paraissant danser !
Le regard de l’inquisiteur de la Foi devint encore un peu plus fiévreux quand un groupe d’hommes portant de grands chapeaux s’assit sur une table à tréteaux devant l’estaminet… C’était un groupe de charbonniers. Les yeux de Lorenzo avaient été attirés par une jolie jeune fille blonde assise au milieu d’eux. Son surcot en bure ne courrait aucun risque d’offenser frère Pasquet, pensa le garçon. Malgré ses pieds chaussés de sabots, elle était arrivée en paraissant danser !
Lorenzo plaisanta : "- maître Péant m’avait bien dit qu’on rencontrait des fées dans la forêt.
- Jolie fillette, approuva Lorin Duchapt. Peut-être un peu maigrelette".
Lorenzo et ses deux compagnons ne s’attardèrent pas, comme ils l’avaient décidé. Ils obliquèrent vers la droite et s’engagèrent dans un chemin qui semblait creusé en contrebas des prés….
Lorenzo et ses deux compagnons ne s’attardèrent pas, comme ils l’avaient décidé. Ils obliquèrent vers la droite et s’engagèrent dans un chemin qui semblait creusé en contrebas des prés….
- "Tu parlais de fées, dit maître Duchapt. Tu vois les trous, là, à main gauche ? Certains superstitieux croient qu’il s’y cache des wivres et qu’elles gardent des trésors. Balivernes que tout ça : en réalité, ce sont d’anciennes carrières. C’est de là qu’ont été extraites les pierres roses avec lesquelles ont été construites la plupart des églises… mais aussi notre Jaquemart. Si nous devions avoir un pont en pierre, c’est en pierre de Coulandon que nous le ferions édifier".
- " Tiens, nous arrivons au village de potiers..."
Ils s’attablèrent à l’ « Homme sauvage ». Le patron les accueillit avec faconde. Lorenzo se désaltéra d’un grand verre d’eau coupé de quelques gouttes de vin, mais maître Du Quenay et maître Duchapt résolurent de se faire servir du vin de Besson. Trois verres plus tard, maître Du Quesnay, en se tapant sur les cuisses informa à la cantonade :
- « Frère Pasquet, le dominicain était devant les Trois Rois, à Coulandon. Il paraissait être devant les portes de l’Enfer ».
Perrinet, le tenancier ne riait pas : - « Ne plaisantez pas : c'est une calamité pour le commerce. Dans son sermon, dimanche, il a appelé à édifier un bûcher pour ceux qui s’adonnent au pêché du jeu, comme il dit. »
Les deux échevins s’offusquèrent : - "nous offrons des feux de joie aux habitants de notre bonne ville de Moulins. Mais ce n’est pas pour y brûler leurs jeux de cartes et leurs dés ! Il a prêché aussi à saint Pierre des Ménestreaux pour faire interdire le jeu de paume, parce que les joueuses comme la célèbre Isabeau, portent, pour courir après la balle, des robes trop légères ! Il n’a qu’à pas les regarder si leur vue l’offense autant ».
Jean Du Quesnay soupira : - « C’est sans doute un saint homme ! »
dimanche 10 mai 2009
vendredi 8 mai 2009
chapitre 4
Maître Michel avait fixé rendez-vous pour Lorenzo avec maître Duchapt et maître Duquenay, deux des échevins de la ville, devant l’auberge du Chapeau Rouge. Le lendemain matin, Lorenzo quitta l’hôpital Saint Julien à l’heure de prime et se rendit d’abord au château car il voulait saluer sa cousine Marguerite et l’encourager pour le concours de poésie… Margot était toujours matinale : elle leur fit servir un chocolat chaud, cette boisson venue d’Amérique. Elle rassura son cousin et lui affirma être prête à concourir seule : elle devait son prénom à sa tante, la fille du roi François, et à la sœur de ce dernier qu’on surnommait en son temps la « dixième des Muses ». Et ils rirent beaucoup à singer Monsieur Brantôme et Monsieur Ronsard, hommes de lettres certes très érudits, mais si pédants !
- « Tu vas pourtant bien me manquer. Mes frères ne sont pas amusants et paraissent n’être préoccupés que de me trouver un mari, la cour paraît ne porter d’intérêt qu’aux médisances qui s’y colportent. Quant à ma mère, elle est trop préoccupée de politique. J’aimerais recevoir régulièrement de tes nouvelles au cours de la semaine que tu vas passer à Cressanges : aussi, j’ai une surprise pour toi ».
Elle se rendit vers sa fenêtre et prit une boîte en bois, percée de trous :
- « Je te présente Sybille, Morgane et Séléna : tu mettras un court message dans le petit tube qui s’accroche à leur patte et elles reviendront vers moi. S’il y a une réponse urgente, je t’enverrai un messager à cheval, mais ce sera moins discret. A l’avenir, nous nous organiserons pour que tu aies toi-même tes pigeons ».
Sa besace sur le dos et la boîte hébergeant les pigeons à la main, Lorenzo se rendit à la taverne où il devait rencontrer les échevins. Le Chapeau rouge et sa voisine, l’Image de Notre Dame, étaient situées sur la grand place de la ville, face aux halles et à ce que les moulinois appelaient le « reloge », où chaque heure civile, qui ponctuait la vie des marchands, était frappée sur une cloche par un mannequin articulé qu’on appelait Jaquemart. Lorenzo se promettait bien d’aller en étudier le mécanisme car il avait eu une idée pour l'améliorer. Ils se mirent en route alors qu’au beffroy, neuf coups étaient frappés sur la cloche.
Les échevins devaient très souvent aller choisir des arbres en forêt pour les faire marquer par un garde du martel des Eaux et Forêts ducales. Les ponts sur l’Allier étaient en bois et devaient être souvent réparés. Lorenzo trouvait ce mode de construction si …. primitif ! Pourquoi ne pas les construire en pierre ? Frère Jean lui avait raconté l’histoire du pont en pierre commandé par le duc Pierre II : à peine commencé de construire et déjà parti pour Villeneuve !!!
- « Il doit être à Nantes, maintenant ».
L’Arno aussi, avait de ces crues impitoyables : à la bibliothèque du palais Medici, Lorenzo avait eu le loisir de voir les plans que maître Leonardo, da Vinci, qu’il admirait, avait, un siècle plus tôt, établi pour le canaliser…. Et il pensa qu’il devait bien y avoir une solution pour éviter ces inondations à répétition, qui faisaient régulièrement des morts.
Ils passèrent aux écuries de Martin Durand, près de la porte des Carmes, prendre deux chevaux et une mule pour effectuer leur voyage. Lorenzo était un peu vexé que maître Michel lui ait réservé une mule… Et il marmonnait sa désapprobation en florentin, faisant écarquiller les yeux des deux échevins qui n’y entendaient goutte. Mais qui comprenaient cependant qu’il ne fallait surtout pas l’interrompre !
Pour gagner la grand rue du faubourg d’Allier, ils revinrent hors les murs et longèrent le moulin Bréchimbault, puis son ris pour arriver à la place des Lices. Des marchands forains avaient déjà installé leurs étaux roulants; devant les auberges où ils logeaient (« où pend la Fleur de Lys », le Lion d’Or, l’Homme Sauvage… avec leurs cours et étableries, et la forge de Stevenin Lefevre où plusieurs chevaux et mules attendaient d’être ferrés … La foire des Brandons qui commençait dans huit jours, attirait beaucoup de monde et cette année là le dimanche des Brandons était en mars…. Les marchands forains venus de Bourgogne, de Berry et d’Auvergne côtoyaient les marchands mariniers venus d’Orléans, Angers ou Nevers…
Vers bise, le long d’un autre ruisseau, s’étendaient des tanneries et les tueries des bouchers. Pour une petite ville comme Moulins, leur corporation tait singulièrement importante. Au moins en cela, Moulins ressemblait à Florence et le nez de Lorenzo fut incommodé par les mêmes odeurs de sang et de tripailles séchées.
Les ponts avaient été particulièrement fragilisés cette année : avec un hiver rude qui avait vu la rivière prise une quinzaine de jours par des blocs de glace, les arches avaient été fortement ébranlées… et en ce printemps pluvieux, on craignait que les souches d’arbres arrachées aux rives ne viennent à en emporter une ou plusieurs… Quand cela arrivait, il fallait alors traverser par bac et les échevins expliquèrent que c’était très préjudiciable à l’activité économique de l’ancienne capitale du duché de Bourbonnais.
Des pieux avaient été soigneusement stockés dans les fossés de la ville par les édiles prévoyants. On avait donc de quoi parer au plus pressé pour la foire des Brandons qui se tiendrait à partir de la semaine prochaine. D’ores et déjà des négociants et des marchands mariniers venus de Nantes, d’Angers étaient présents. Mais pour une bonne gestion de la ville, il ne fallait pas tarder à réserver des arbres de haute futaie auprès des propriétaires des forêts voisines.
En franchissant le premier pont Eschinard, Lorenzo fut impressionné par la force du courant …
- « Je n’aimerais pas tomber dedans !!!
Pierron Duchapt indiqua un clocheton à Lorenzo : nous traversons le « le village des Bardelins »… A main gauche, ce clocheton que tu vois est celui de l’église de la Madelaine, qui était l’Hôtel Dieu des lépreux … Comme il n’y en a plus beaucoup, on y héberge maintenant des pauvres passants.
Ils passèrent un deuxième pont ( - « le petit pont Eschinard » annonça l’un des échevins, ce qui fit rire Lorenzo qui trouvait que les moulinois ne faisaient pas fait preuve de beaucoup d’imagination pour trouver des noms aux ponts) puis cheminèrent dans un chemin creux, encastré entre deux hautes rangées d’arbres.
- " Nous appelons cela des « bouchures », car en plein été, les feuilles bouchent le paysage. Maître Duquenay précisa : « en réalité, elles délimitent les prés. C’est pourquoi on les appelle aussi des « trasses ».
Lorenzo ne s’était jamais éloigné beaucoup de Moulins : de Marseille, le port où il avait débarqué au mois de novembre précédent, il avait gagné la ville de Lyon par la rivière. Puis, transi de froid, il avait, entre Lyon et Lapalisse …, traversé dans la neige des monts boisés, plantés de sombres résineux, qu’il avait trouvés un peu angoissants avant de reprendre le bâteau à Varennes … pour remonter l’Allier jusqu’à Moulins. Ces paysages étaient si différents de la campagne florentine, ouverte, couverte de fleurs au printemps, dorée l’été….. brûlée même !!!…
- « Tu vas pourtant bien me manquer. Mes frères ne sont pas amusants et paraissent n’être préoccupés que de me trouver un mari, la cour paraît ne porter d’intérêt qu’aux médisances qui s’y colportent. Quant à ma mère, elle est trop préoccupée de politique. J’aimerais recevoir régulièrement de tes nouvelles au cours de la semaine que tu vas passer à Cressanges : aussi, j’ai une surprise pour toi ».
Elle se rendit vers sa fenêtre et prit une boîte en bois, percée de trous :
- « Je te présente Sybille, Morgane et Séléna : tu mettras un court message dans le petit tube qui s’accroche à leur patte et elles reviendront vers moi. S’il y a une réponse urgente, je t’enverrai un messager à cheval, mais ce sera moins discret. A l’avenir, nous nous organiserons pour que tu aies toi-même tes pigeons ».
Sa besace sur le dos et la boîte hébergeant les pigeons à la main, Lorenzo se rendit à la taverne où il devait rencontrer les échevins. Le Chapeau rouge et sa voisine, l’Image de Notre Dame, étaient situées sur la grand place de la ville, face aux halles et à ce que les moulinois appelaient le « reloge », où chaque heure civile, qui ponctuait la vie des marchands, était frappée sur une cloche par un mannequin articulé qu’on appelait Jaquemart. Lorenzo se promettait bien d’aller en étudier le mécanisme car il avait eu une idée pour l'améliorer. Ils se mirent en route alors qu’au beffroy, neuf coups étaient frappés sur la cloche.
Les échevins devaient très souvent aller choisir des arbres en forêt pour les faire marquer par un garde du martel des Eaux et Forêts ducales. Les ponts sur l’Allier étaient en bois et devaient être souvent réparés. Lorenzo trouvait ce mode de construction si …. primitif ! Pourquoi ne pas les construire en pierre ? Frère Jean lui avait raconté l’histoire du pont en pierre commandé par le duc Pierre II : à peine commencé de construire et déjà parti pour Villeneuve !!!
- « Il doit être à Nantes, maintenant ».
L’Arno aussi, avait de ces crues impitoyables : à la bibliothèque du palais Medici, Lorenzo avait eu le loisir de voir les plans que maître Leonardo, da Vinci, qu’il admirait, avait, un siècle plus tôt, établi pour le canaliser…. Et il pensa qu’il devait bien y avoir une solution pour éviter ces inondations à répétition, qui faisaient régulièrement des morts.
Ils passèrent aux écuries de Martin Durand, près de la porte des Carmes, prendre deux chevaux et une mule pour effectuer leur voyage. Lorenzo était un peu vexé que maître Michel lui ait réservé une mule… Et il marmonnait sa désapprobation en florentin, faisant écarquiller les yeux des deux échevins qui n’y entendaient goutte. Mais qui comprenaient cependant qu’il ne fallait surtout pas l’interrompre !
Pour gagner la grand rue du faubourg d’Allier, ils revinrent hors les murs et longèrent le moulin Bréchimbault, puis son ris pour arriver à la place des Lices. Des marchands forains avaient déjà installé leurs étaux roulants; devant les auberges où ils logeaient (« où pend la Fleur de Lys », le Lion d’Or, l’Homme Sauvage… avec leurs cours et étableries, et la forge de Stevenin Lefevre où plusieurs chevaux et mules attendaient d’être ferrés … La foire des Brandons qui commençait dans huit jours, attirait beaucoup de monde et cette année là le dimanche des Brandons était en mars…. Les marchands forains venus de Bourgogne, de Berry et d’Auvergne côtoyaient les marchands mariniers venus d’Orléans, Angers ou Nevers…
Vers bise, le long d’un autre ruisseau, s’étendaient des tanneries et les tueries des bouchers. Pour une petite ville comme Moulins, leur corporation tait singulièrement importante. Au moins en cela, Moulins ressemblait à Florence et le nez de Lorenzo fut incommodé par les mêmes odeurs de sang et de tripailles séchées.
Les ponts avaient été particulièrement fragilisés cette année : avec un hiver rude qui avait vu la rivière prise une quinzaine de jours par des blocs de glace, les arches avaient été fortement ébranlées… et en ce printemps pluvieux, on craignait que les souches d’arbres arrachées aux rives ne viennent à en emporter une ou plusieurs… Quand cela arrivait, il fallait alors traverser par bac et les échevins expliquèrent que c’était très préjudiciable à l’activité économique de l’ancienne capitale du duché de Bourbonnais.
Des pieux avaient été soigneusement stockés dans les fossés de la ville par les édiles prévoyants. On avait donc de quoi parer au plus pressé pour la foire des Brandons qui se tiendrait à partir de la semaine prochaine. D’ores et déjà des négociants et des marchands mariniers venus de Nantes, d’Angers étaient présents. Mais pour une bonne gestion de la ville, il ne fallait pas tarder à réserver des arbres de haute futaie auprès des propriétaires des forêts voisines.
En franchissant le premier pont Eschinard, Lorenzo fut impressionné par la force du courant …
- « Je n’aimerais pas tomber dedans !!!
Pierron Duchapt indiqua un clocheton à Lorenzo : nous traversons le « le village des Bardelins »… A main gauche, ce clocheton que tu vois est celui de l’église de la Madelaine, qui était l’Hôtel Dieu des lépreux … Comme il n’y en a plus beaucoup, on y héberge maintenant des pauvres passants.
Ils passèrent un deuxième pont ( - « le petit pont Eschinard » annonça l’un des échevins, ce qui fit rire Lorenzo qui trouvait que les moulinois ne faisaient pas fait preuve de beaucoup d’imagination pour trouver des noms aux ponts) puis cheminèrent dans un chemin creux, encastré entre deux hautes rangées d’arbres.
- " Nous appelons cela des « bouchures », car en plein été, les feuilles bouchent le paysage. Maître Duquenay précisa : « en réalité, elles délimitent les prés. C’est pourquoi on les appelle aussi des « trasses ».
Lorenzo ne s’était jamais éloigné beaucoup de Moulins : de Marseille, le port où il avait débarqué au mois de novembre précédent, il avait gagné la ville de Lyon par la rivière. Puis, transi de froid, il avait, entre Lyon et Lapalisse …, traversé dans la neige des monts boisés, plantés de sombres résineux, qu’il avait trouvés un peu angoissants avant de reprendre le bâteau à Varennes … pour remonter l’Allier jusqu’à Moulins. Ces paysages étaient si différents de la campagne florentine, ouverte, couverte de fleurs au printemps, dorée l’été….. brûlée même !!!…
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