Les ronflements des frères empêchaient Lorenzo de dormir. Et il avait froid : la fenêtre du dortoir n’était même pas obturée par une feuille de parchemin huilée. La nuit était sombre et les étoiles étincelaient... Il alla les observer et il songea à sa cousine Marguerite, qui aimait tant monter sur les courtines du château pour contempler le ciel quand toute la cour était endormie.
Son regard s’était habitué à l’obscurité et il aperçu à une croisée de chemin deux silhouettes qu’il reconnut, l’une humaine, l’autre animale. Il sortit du dortoir et passa discrètement devant l’écurie où s’était réfugié frère Pasquet : il ne tenait pas particulièrement à lui parler. Il avait mis son tranchet à son côté et prudemment, s’approcha. Il avait bien crû reconnaître la jeune fille qu’il avait remarquée quand ils étaient passés devant la taverne de Coulandon et que le frère Pasquet regardait d’un air si peu amène. Son chien loup s’était levé, prêt à la défendre. Elle le retint par la peau du cou et fit tomber un objet que ramassa Lorenzo :
- " C’est quoi ce tube ? ? ?"
Elle le lui tendit et lui fit signe de regarder dedans ...
Lorenzo l’appliqua sur son œil. Elle sourit et le retourna. Puis elle lui fit signe de fermer l’autre œil..
- « Quand le doigt montre la lune, le sot regarde le doigt ! » (1) dit-elle avec une gentille ironie.
- "Mais tu parles français ? s’étonna Lorenzo.
- "Bien sûr... Je parle aussi le patois des gens d’ici... et un peu d’italien et un peu d’allemand que m’a appris mon père qui a beaucoup voyagé. C’est d’ailleurs d’un de ses voyages au pays des anciens Boïens, près d’une ville appelée Prague qu’il a rapporté cette « lunette ».
- "Au fait, je ne me suis pas présenté : je suis Lorenzo. Je viens de Florence, en Italie.
- " Mon nom de baptême est Marie, mais mon père m’appelle Fadette. Dans la forêt, on raconte que tu es un prince : le neveu de la reine Catherine."
- "Un cousin éloigné seulement.... et par la main gauche. Mais elle me fait l’honneur de son amitié".
Ebahi, il regarda à nouveau dans le tube :
- « c’est extraordinaire ce que l’on voit avec cet instrument..... . Un jour, j’ai cassé les besicles de mon oncle, et j’avais remarqué que quand on superposait les verres, on voyait plus gros, mais c’était un peu flou. Et je ne pensais pas que cela marchait pour rapprocher les étoiles : cet objet est merveilleux… Mais que fais-tu si près du prieuré la nuit ? Je n’ai pas aperçu de village »
Marie précisa
- « Récemment, nous avons installé nos loges, non loin de là, dans une clairière »
- "C’est quoi des « loges » ?"
- "Ce sont les cabanes en branchages que nous construisons quand nous fabriquons le charbon de bois. Nous les abandonnons quand nous avons fini d’exploiter la partie du bois qui nous a été attribuée. Notre village est plus loin, en réalité.
- « Tu as un bon compagnon » - Lorenzo regardait prudemment le chien – « mais ne t’attarde pas ici. Frère Pasquet dort à l’extérieur du prieuré, dans l’écurie. … Avec sa tendance à voir le mal partout, il est capable de considérer que ce bel instrument est un truc de sorcière. Et qu’il veuille le faire brûler dans un de ses bûchers ! Tu as dû le remarquer : c’est ce moine qui était assis au pied de la croix, devant l’église de Coulandon".
- "Ah, oui ! celui qui a un regard fou. Mon père m’a recommandé de m’en méfier. Merci de m'avoir prévenue. A bientôt, peut-être ?"
- "Je me rends à Cressanges où je séjournerai le temps de régler quelques affaires pour maître Michel Péant qui est le curé de la paroisse."
"- Nous nous reverrons pour la fête des Brandons, alors : son vicaire est invité au Village". Sur ces mots, la petite Marie s’éloigna avec chien loup. Arrivée au bout du chemin, elle se retourna et adressa à Lorenzo un signe de la main amical.
- « Qu’elle est gentille – pensa Lorenzo. Et jolie ! Ai-je rêvé ou a t’elle réellement des yeux de couleurs différentes ?
(1) on attribue aux Chinois ce proverbe. Nous détenons ici la preuve que certains de leurs voyageurs l'ont appris des charbonniers de la forêt de Moladier.
dimanche 19 juillet 2009
vendredi 26 juin 2009
haies et chemins creux
Dans l'actuelle communauté de communes "bocage sud", ce qui est caractéristique, c'est que le bocage est souvent associé à un réseau de chemins "creux", en contrebas des champs et des prés.
Ces constructions humaines sont de remarquables ouvrages quand on songe que les chemins creux ont creusés à la pioche. Je m'interroge sur leur datation et je ne serais pas étonnée qu'on soit en présence d'élements résiduels d'un paysage beaucoup plus ancien. Car s'il est revitalisé au XVe et XVIe s., le bocage a sans doute existé aussi à la pérode celtique comme certaines photos aériennes prises en Bretagne tendraient à le démontrer.
Ces quelque photos du paysage actuel restituent assez bien celui qu'a dû connaître Lorenzo, une fois passés ce que les géographes appellent l'"hinterland" moulinois, au delà du pont Chinard (qui rappelle l'emplacement du petit pont Eschinard), entre Neuvy et Cressanges.
Ces quelque photos du paysage actuel restituent assez bien celui qu'a dû connaître Lorenzo, une fois passés ce que les géographes appellent l'"hinterland" moulinois, au delà du pont Chinard (qui rappelle l'emplacement du petit pont Eschinard), entre Neuvy et Cressanges.
mercredi 17 juin 2009
Où l'on découvre que Marguerite de Valois est à l'origine des SMS...
J'ai apporté quelques modifications au chapitre 4 : et l'on découvre qu'avec ses 3 "pigeonnes" voyageuses Sybille, Morgane et Séléna, pour communiquer rapidement avec son cousin, la jeune Margot est l'inventrice du Short Message Service.
dimanche 14 juin 2009
la mysoginie des clercs
Je n'ai pas inventé les propos du frère Pasquet : ceux que je lui fais tenir, et bien pis encore !, sont des extraits d'un livre traduit du latin en français (dont l'auteur me demeure inconnu mais qui n'était pas unique en son genre au sein de l'université) publié en 1585 chez Du Puys et intitulé "Thrésor des remèdes secrets pour les maladies des femmes".
De nos jours encore, beaucoup de bêtises sont dites, au nom de la "science". Pas plus tard qu'avant hier, au café philo, j'ai entendu un tenant de la psychanalyse, qui doit être convaincu qu'il n'a aucun a priori contre les femmes, expliquer que les femmes ayant, au contraire des hommes, une tolérance à la frustration étaient incapables de produire une oeuvre d'art.
De nos jours encore, beaucoup de bêtises sont dites, au nom de la "science". Pas plus tard qu'avant hier, au café philo, j'ai entendu un tenant de la psychanalyse, qui doit être convaincu qu'il n'a aucun a priori contre les femmes, expliquer que les femmes ayant, au contraire des hommes, une tolérance à la frustration étaient incapables de produire une oeuvre d'art.
chapitre 6
Maître Du Quesnay chantait à tue-tête une chanson dans laquelle il était question de moines et de vin quand ils se remirent en route pour le prieuré de Moladier, au travers d’une forêt qui devenait de plus en plus dense. Ça ou là, s’ouvrait une clairière : autour de cabanes en bois, couvertes de feuilles s’activaient des hommes. De la fumée s’échappait du toit en chaume :
- Il existe aussi des mines de charbon de terre à Châtillon, à 1 lieue et demie de Cressanges, dit maître Duchapt. Les habitants en tirent de très bons revenus. Mais avec les progrès réalisés dans l’art de la guerre, l’on a besoin du charbon de bois pour fabriquer de la poudre à canon.
- Ah oui, dit Lorenzo : c’est en effet l’un des trois composants ! Mon expérience a été ratée car je ne disposais pas de poudre de qualité. L'année précédente, pour l'anniversaire de sa mère, il avait tenté de réaliser le plus beau feu d’artifice de Florence… Mais avait dû trouver une autre idée de cadeau. Il avait eu l’occasion de rencontrer à Moulins des Italiens et avait constaté qu'ils semblaient aussi, dans cette ville, détenir le quasi monopole de la fabrication des brigandines et des boulets...
- Les charbonniers de la forêt tolèrent assez mal la concurrence du charbon de terre : il faut dire que n’est pas charbonnier qui veut ! Cette société est très refermée sur elle-même et l’on dit qu’elle transmet en son sein des rites centenaires. Mais tout charbon nous est utile : nous avons de plus en plus besoin de combustible pour les nouvelles industries. Moulins commence à se faire une certaine renommée celle du couteau .
Maître Duchapt avait jugé opportun d’allonger un peu le chemin et c’est un peu dégrisé que son compère, Lorenzino et lui-même atteignirent le lieu où ils avaient rendez-vous avec le garde du marteau des Eaux et Forêts. La communauté des moines ne comptait pas plus de 3 frères. Le prieur était un ami de maître Péant et il aimait tenir table ouverte. Pour d’éventuels pélerins…. - « Mais nous ne sommes pas dérangés très souvent, convint-il ».
- Il existe aussi des mines de charbon de terre à Châtillon, à 1 lieue et demie de Cressanges, dit maître Duchapt. Les habitants en tirent de très bons revenus. Mais avec les progrès réalisés dans l’art de la guerre, l’on a besoin du charbon de bois pour fabriquer de la poudre à canon.
- Ah oui, dit Lorenzo : c’est en effet l’un des trois composants ! Mon expérience a été ratée car je ne disposais pas de poudre de qualité. L'année précédente, pour l'anniversaire de sa mère, il avait tenté de réaliser le plus beau feu d’artifice de Florence… Mais avait dû trouver une autre idée de cadeau. Il avait eu l’occasion de rencontrer à Moulins des Italiens et avait constaté qu'ils semblaient aussi, dans cette ville, détenir le quasi monopole de la fabrication des brigandines et des boulets...
- Les charbonniers de la forêt tolèrent assez mal la concurrence du charbon de terre : il faut dire que n’est pas charbonnier qui veut ! Cette société est très refermée sur elle-même et l’on dit qu’elle transmet en son sein des rites centenaires. Mais tout charbon nous est utile : nous avons de plus en plus besoin de combustible pour les nouvelles industries. Moulins commence à se faire une certaine renommée celle du couteau .
Maître Duchapt avait jugé opportun d’allonger un peu le chemin et c’est un peu dégrisé que son compère, Lorenzino et lui-même atteignirent le lieu où ils avaient rendez-vous avec le garde du marteau des Eaux et Forêts. La communauté des moines ne comptait pas plus de 3 frères. Le prieur était un ami de maître Péant et il aimait tenir table ouverte. Pour d’éventuels pélerins…. - « Mais nous ne sommes pas dérangés très souvent, convint-il ».
Et surtout, c’était un rendez-vous pratique pour que les édiles moulinois rencontrent les officiers des Eaux et Forêts… Au cours de l’après-midi, les deux échevins partirent choisir les arbres qui permettraient de tailler de longs paux (un pal – des paux) afin de réparer les ponts de la ville. On les marquerait du sceau des Eaux et Forêts pour les réserver.
Lorenzino nourrit ses trois tourterelles puis profita de ces moments de solitude pour sortir de sa besace une main de papier. Le temps passa agréablement…. Depuis qu'il s'exerçait en compagnie de sa cousine Marguerite, il avait de plus en plus de facilité à écrire des poèmes et espérait bien ne pas rater le prochain concours de poésie qui devait se dérouler dans 6 mois. Il comptait également épater Margot avec quelques vers bien troussés… que lui avaient inspiré les fées des bois de Moladier… Et plus particulièrement celle qui s’était matérialisée à ses yeux devant l’auberge de Coulandon.
A la nuit tombante, on l’appela pour partager le repas du soir. Les deux échevins avaient résolu de passer la nuit au prieuré, le vent s’annonçant violent. Mais ils partiraient à l’aube. Et le jeune homme ferait le reste du trajet jusqu’à Cressanges en compagnie de maître Jacques le Martel qui y demeurait ordinairement. Un homme se présenta. Un pèlerin ? Quand il émergea de l’obscurité, Lorenzo remarqua aussitôt le regard noir, brûlant de fièvre, du frère Pasquet qui semblait suffire à alimenter les conversations de son entourage.
- Soyez le bienvenu, frère Pasquet, l’accueillit le prieur. Voulez-vous partager notre repas ?
- Nous sommes en plein Carême, je ne mange pas, s'indigna le dominicain.
- Mais ce n’est qu’une simple omelette.
- C’est encore trop pour qui veut arriver à communiquer directeemnt avec le Très Haut : je me sustente d’un simple quignon de pain et bois juste un verre d’eau claire pour me purifier avant la prière de prime et un second après la prière de vespre. Je vous serais reconnaissant de bien vouloir m’offrir l’hospitalité dans votre grange pour cette nuit.
Et il alla s’asseoir à l’écart.
Maître Duchapt et maître Du Quesnay décidèrent d’anticiper leurs adieux à Lorenzino. Ce dernier avait bien cru remarquer qu’ils craignaient autant frère Pasquet que la peste. Ils l’encouragèrent beaucoup pour sa mission : « L’éducation des garçons, mais aussi des filles est un beau projet…. »
Maître DuQuesnay n'eut pas le temps de finir sa phrase. Du fond de la pièce, une voix s’éleva :
- « Blasphème ! les filles n’ont pas à connaître ce que vous prétendez leur enseigner… Le Créateur ne leur a pas donné un tête pour penser… Leur constitution est molle et leur corps imbécile. Ce qui fait que la vie des femmes n’est pas une vie mais une langueur misérable. Très certainement, si ce n’était leur fécondité, il vaudrait mieux pour elles mourir dès leur naissance. Quant aux garçons, il serait plus utile, comme je l’ai suggéré au frère Guillaume, de saint Jean de Bardon, plutôt que de leur enseigner des choses futiles, de les envoyer silloner les villages à la recherche de mauvaises actions à dénoncer.
Son intervention avait interrompu des adieux chaleureux et les deux échevins s’enfuirent vers la chambre qui leur avait été réservée. Lorenzo ne tarda pas à gagner le dortoir des moines qui lui avait été assigné. Il commençait à être un peu effrayé par les propos. Il avait entendu dire, qu’ à Florence, qu’au siècle passé, un autre dominicain avait, par des idées aussi intransigeantes, mis cette belle ville de à feu et à sang. Le frère Girolamo Savonarole avait fini au bûcher. Madame Catherine et son chancelier, Monseigneur de L'Hospital, avaient déjà tant à faire pour éviter les affrontements entre catholiques et membres de la religion réformée (1) : l'inquisiteur était capable de dresser les uns contre les autres ceux qui restaient fidèles au pape.
Son intervention avait interrompu des adieux chaleureux et les deux échevins s’enfuirent vers la chambre qui leur avait été réservée. Lorenzo ne tarda pas à gagner le dortoir des moines qui lui avait été assigné. Il commençait à être un peu effrayé par les propos. Il avait entendu dire, qu’ à Florence, qu’au siècle passé, un autre dominicain avait, par des idées aussi intransigeantes, mis cette belle ville de à feu et à sang. Le frère Girolamo Savonarole avait fini au bûcher. Madame Catherine et son chancelier, Monseigneur de L'Hospital, avaient déjà tant à faire pour éviter les affrontements entre catholiques et membres de la religion réformée (1) : l'inquisiteur était capable de dresser les uns contre les autres ceux qui restaient fidèles au pape.
(1) on disait la RPR : religion prétenduement réformée.
vendredi 22 mai 2009
chapitre 5
Depuis leur sortie du faubourg d’Allier, ils avaient croisé un flot incessant de paysans à dos de mulets mais plus souvent à pied, transportant des paniers, poussant des bœufs ou des volailles. Quelques charrettes bringuebalantes étaient chargées de piles de poteries grises.
Maître Duchapt informa Lorenzo : « Ils viennent du village de potiers qu’il y a entre Coulandon et Messarges. On y fabrique cette vaisselle grise. Nous allons y passer avant de nous engager dans la forêt. Les chemins sont très fréquentés car la foire des Brandons est franche du paiement de toute aide ou imposition royale, ainsi que du péage des ponts, ce qui attire naturellement de très nombreux paysans et des artisans. Il en vient de la région de Souvigny et même du Montet. Quant aux chalands, on en rencontre souvent qui viennent de Decize ou Nevers, voire même de Bourges".
Bientôt, le clocher de l’église de Neuvy apparût à leurs yeux, mais ils la laissèrent à main droite pour arriver, un quart de lieue plus loin, devant un groupe de maisons qu’ils traversèrent, et devant un porche qui était l’entrée d’un manoir :
Les deux échevins se signèrent- « Montgarnaud, qui fut la demeure du président Minard ! Il a été assassiné à Paris il y a bientôt dix ans de cela… Une bien sombre affaire ! »
Lorenzo avait constaté que nombreux paysans s’activaient dans les prés pour couper et tordre des branches basses qu’ils tressaient et le jeune florentin, qui n’avait connu que la campagne toscane s’en étonnait. Il affirma à ses compagnons de route que les cyprès poussaient tout seuls. Maître Duchapt tenta de le détromper :
-« il a bien fallu que quelqu’un les plante, ces cyprès ! Ici, les haies elles protègent du vent et les racines des arbres et des arbustes qui les constituent absorbent le trop-plein d’eau… Elles sont doublées par des fossés : cela évite que le grain ne moisisse quand il est semé… Il y a un petit inconvénient, les oiseaux y nichent en abondance et il faut installer des épouvantails ou les chasser pour qu’ils ne mangent pas les semences avant qu’elles ne soient levées ! Mais, surtout, ici, l’on élève beaucoup de bétail et il peut se mettre à l’abri. L’été, tu les verras s’y regrouper, de même qu’ils recherchent aussi l’ombre épaisse de ces noyers que tu vois au milieu des prés… Tout ce travail est nécessaire pour reboucher les trous que font les animaux sauvages et avoir de belles haies qui empêchent le bétail de divaguer. Et puis, dans ces « trasses », les paysans trouvent aussi des baies et des noisettes, et des herbes qui soignent… Sans compter le petit bois pour qu’ils se chauffent. Par contre, méfie-toi si tu dois te promener tout seul dans la campagne : ne t’allonge pas sans méfiance au pied d’une haie car les verpis (note : les vipères) aiment elles aussi beaucoup la fraîcheur que leur épaisseur procure ».
Ils avaient soutenu un bon train et sur une colline, on apercevait déjà le clocher de Coulandon :
- « Ah, se réjouit Jean Du Quesnay… Nous allons faire une halte à la taverne ».
En face de l’église pendait l’enseigne des Trois Rois devant une maison. Quelques clients jouaient aux dés avec force exclamations et à côté du jardin, une partie de billette était en cour. Une dispute s’amorçait : deux hommes un peu éméchés s’accusaient mutuellement… D'avoir triché ?Les motifs de leur querelle n’étaient pas très clairs :
- « tu l’as fait !
- mais non, c’est toi.
- non ! toi !!!
Mais ç’avait l’air grave !
A l’écart de cette animation, au pied d’une croix en pierre, était assis un homme au visage émacié et d’une pâleur qui contrastait avec son poil noir. Il regardait les joueurs et buveurs d’un air peu amène. Ses doigts serraient compulsivement quelque chose.
Lorenzo vit le visage de Maître Du Quesnoy se renfrogner et maître Duchapt décida : « Il vaut mieux ne pas nous attarder en ce lieu. Nous ferons plutôt halte au village des potiers. »
Et, sur le ton de la confidence :
« - L’homme assis au pied de la croix est frère Pasquet. Inutile de nous signaler à son attention… Il m’aime pas trop mon compère Du Quesnay et j’ai commis l’erreur de l’inviter chez moi avec le doyen du chapitre, qui est mon cousin… Quand il a découvert les livres que je collectionne, il m’a traité d’hérétique… Moins je le fréquente, mieux je me porte ».
Son compère acquiesçait : « - Il trouve que ma fille porte des vêtements trop richement brodés !!! Et que le tissu en est trop fin ! Il est vrai que ma Mariette aime la soie que je fais venir de Lyon. Mais elle est si jolie dans ces vêtements ! »
- "Ah, c'est ce fameux frère Pasquet pensa Lorenzo !"
Le regard de l’inquisiteur de la Foi devint encore un peu plus fiévreux quand un groupe d’hommes portant de grands chapeaux s’assit sur une table à tréteaux devant l’estaminet… C’était un groupe de charbonniers. Les yeux de Lorenzo avaient été attirés par une jolie jeune fille blonde assise au milieu d’eux. Son surcot en bure ne courrait aucun risque d’offenser frère Pasquet, pensa le garçon. Malgré ses pieds chaussés de sabots, elle était arrivée en paraissant danser !
Le regard de l’inquisiteur de la Foi devint encore un peu plus fiévreux quand un groupe d’hommes portant de grands chapeaux s’assit sur une table à tréteaux devant l’estaminet… C’était un groupe de charbonniers. Les yeux de Lorenzo avaient été attirés par une jolie jeune fille blonde assise au milieu d’eux. Son surcot en bure ne courrait aucun risque d’offenser frère Pasquet, pensa le garçon. Malgré ses pieds chaussés de sabots, elle était arrivée en paraissant danser !
Lorenzo plaisanta : "- maître Péant m’avait bien dit qu’on rencontrait des fées dans la forêt.
- Jolie fillette, approuva Lorin Duchapt. Peut-être un peu maigrelette".
Lorenzo et ses deux compagnons ne s’attardèrent pas, comme ils l’avaient décidé. Ils obliquèrent vers la droite et s’engagèrent dans un chemin qui semblait creusé en contrebas des prés….
Lorenzo et ses deux compagnons ne s’attardèrent pas, comme ils l’avaient décidé. Ils obliquèrent vers la droite et s’engagèrent dans un chemin qui semblait creusé en contrebas des prés….
- "Tu parlais de fées, dit maître Duchapt. Tu vois les trous, là, à main gauche ? Certains superstitieux croient qu’il s’y cache des wivres et qu’elles gardent des trésors. Balivernes que tout ça : en réalité, ce sont d’anciennes carrières. C’est de là qu’ont été extraites les pierres roses avec lesquelles ont été construites la plupart des églises… mais aussi notre Jaquemart. Si nous devions avoir un pont en pierre, c’est en pierre de Coulandon que nous le ferions édifier".
- " Tiens, nous arrivons au village de potiers..."
Ils s’attablèrent à l’ « Homme sauvage ». Le patron les accueillit avec faconde. Lorenzo se désaltéra d’un grand verre d’eau coupé de quelques gouttes de vin, mais maître Du Quenay et maître Duchapt résolurent de se faire servir du vin de Besson. Trois verres plus tard, maître Du Quesnay, en se tapant sur les cuisses informa à la cantonade :
- « Frère Pasquet, le dominicain était devant les Trois Rois, à Coulandon. Il paraissait être devant les portes de l’Enfer ».
Perrinet, le tenancier ne riait pas : - « Ne plaisantez pas : c'est une calamité pour le commerce. Dans son sermon, dimanche, il a appelé à édifier un bûcher pour ceux qui s’adonnent au pêché du jeu, comme il dit. »
Les deux échevins s’offusquèrent : - "nous offrons des feux de joie aux habitants de notre bonne ville de Moulins. Mais ce n’est pas pour y brûler leurs jeux de cartes et leurs dés ! Il a prêché aussi à saint Pierre des Ménestreaux pour faire interdire le jeu de paume, parce que les joueuses comme la célèbre Isabeau, portent, pour courir après la balle, des robes trop légères ! Il n’a qu’à pas les regarder si leur vue l’offense autant ».
Jean Du Quesnay soupira : - « C’est sans doute un saint homme ! »
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